La poésie de Marie-Claire Bancquart

Poursuivant mon parcours des poètes contemporains majeurs de ce temps, je vous présente aujourd’hui Marie-Claire Bancquart (née en 1932). Elle est l’auteur de très nombreux recueils, auxquels elle a su d’ailleurs donner de beaux titres, comme Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, La paix saignée, Violente vie ou encore Rituel d’emportement, Mémoire d’abolie, Opportunité des oiseaux, Dans le feuilletage de la terre…

La fragilité de l’existence

L’un des thèmes majeurs de la poésie de Marie-Claire Bancquart est la fragilité de l’existence. Aussi ses livres traitent-ils assez souvent de la mort. Non par fascination morbide, mais parce que la beauté de l’existence tient aussi à sa précarité…

Si Marie-Claire Bancquart écrit « avec la mort », ce n’est donc pas sans ce « quartier d’orange entre les dents » qui peut s’entendre de diverses manières, dont toutes tendent à opposer à la mort la saveur et la couleur de l’orange.

Il y a aussi, à cela, une raison biographique. Marie-Claire Bancquart a côtoyé la mort pendant la deuxième guerre mondiale. Atteinte, pendant une partie de son enfance, d’une maladie grave, surtout par temps de guerre, elle est restée plâtrée dans son lit pendant plusieurs années, tout en voyant, par la fenêtre, passer les cadavres de la guerre. Elle décrit cet épisode notamment dans Explorer l’incertain et dans la préface de Rituel d’emportement.

« Le mot.
Une lettre de plus
c’est la mort

mais justement elle est cette inconnue
lettre morte. »

Marie-Claire Bancquart, Violente vie, Pantin, Le Castor Astral, 2012, p. 125.

L’énigme du corps

Dès lors, pour Marie-Claire Bancquart, le corps est à la fois une réalité particulièrement intime et familière, et en même temps un mystère qui nous demeure énigmatique. Quoi que nous fassions, nous n’avons pas accès à l’intérieur de notre corps, à la vie de nos organes qui s’animent de façon autonome, sans que notre volonté ou notre conscience n’aient besoin de s’en mêler. Aussi la poésie de Marie-Claire Bancquart présente-t-elle le corps comme un horizon énigmatique.

« Dans la cage thoracique
l’arbre brumeux creuse sans arrêt son noir
[vers l’invisible

avant de disparaître
dévoré par la nuit. »

Marie-Claire Bancquart, Violente vie, Pantin, Le Castor Astral, 2012, p. 124.

Le mythe

Un autre aspect important de la poésie de Marie-Claire Bancquart est la façon dont celle-ci en appelle à de grands mythes. Jésus, Œdipe, Icare apparaissent ainsi au fil des pages. Mais il ne s’agit pas de figures figées, hiératiques. De Jésus, Marie-Claire Bancquart retient surtout le charpentier. Et c’est un Icare terrien qu’elle rêve, poursuivant sur le sol, après sa chute, l’aventure de vivre. Réciproquement si l’on veut, la réalité quotidienne, qui a aussi toute sa place dans la poésie de Marie-Claire Bancquart, va à la rencontre du mythe.

« Ce qui est écrit dans le chant du feu
N’est pas écrit
pour toujours

scintille
puis s’étouffe

mais
d’un poète l’autre
au travers des siècles
court une étincelle
de violente vie. »

Marie-Claire Bancquart, Violente vie, Pantin, Le Castor Astral, 2012, p. 62.

 (Image : Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

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