Les poètes, pas matheux ?

Tous les poètes ne sont pas, loin s’en faut, mauvais en mathématiques. Il est trop simpliste de considérer qu’il y a, d’un côté, de doux rêveurs (les poètes) et des esprits austères et rigoureux (les matheux). Parce qu’il y a aussi de la beauté et de l’imagination dans les mathématiques. Et qu’écrire de la poésie, ce n’est pas forcément plus simple que résoudre une équation.

Je profite de la « semaine des mathématiques », du 14 au 22 mars, célébrée partout en France et notamment dans l’académie de Nice, pour rappeler que plusieurs poètes ont, à leur façon, inscrit les mathématiques dans leur poésie, que ce soit pour s’élever contre leurs règles et leurs propriétés, ou au contraire pour jouer avec elles…

Les « perpendiculaires » de Robert Desnos

Desnos et Youki, By Menerbes (Archives Desnos) [Public domain], via Wikimedia Commons (http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/18/Desnos_youki.jpg)
Robert Desnos et Youki (Menerbes, Wikimedia Commons, Public Domain)

Robert Desnos (1900-1945), dans La Géométrie de Daniel, reprend une célèbre propriété de géométrie, afin d’opposer à l’abstraction mathématique la richesse foisonnante de son imagination :

Par un point situé sur un plan…

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu’une
       [perpendiculaire à ce plan
On dit ça…
Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes,
          [tous les animaux de la terre.
Alors votre perpendiculaire me fait rire.
Et pas seulement les hommes et les bêtes
Mais encore beaucoup de choses
Des cailloux
Des fleurs
Des nuages
Mon père et ma mère
Un bateau à voiles
Un tuyau de poêle
Et si cela me plaît
Quatre cents millions de perpendiculaires.

Robert Desnos, « Par un point situé sur un plan… », La Géométrie de Daniel,
cité à partir de Le Desnos, anthologie illustrée par Hannah Ben Meyer, Mango Jeunesse.

Les « Euclidiennes » de Guillevic

On trouvera dans l’Anthologie de la poésie française du XXe siècle (Paris, Gallimard, coll. « Poésie », édition de Jean-Baptiste Para) plusieurs poèmes des Euclidiennes de Guillevic, chacun consacré à une figure géométrique (la droite, le carré, le cercle, la pyramide, le cône tronqué…). Voici le poème sur le carré :

CARRÉ

Chacun de tes côtés
S’admire dans les autres.

Où va sa préférence ?
Vers celui qui le touche
Ou vers celui d’en face ?

Mais j’oubliais les angles
Où le dehors s’irrite

Au point de t’enlever
Les doutes qui renaissent.

Eugène Guillevic, « Carré », Euclidiennes,
cité d’après l’anthologie sus-mentionnée, p. 29.

Les « Cent mille milliards de poèmes » de Raymond Queneau
Raymond Queneau, Varie11, Wikipedia italien (http://it.wikipedia.org/wiki/File:Raymond_Queneau.jpg)
Raymond Queneau, Varie11, Wikipedia italien (http://it.wikipedia.org/wiki/File:Raymond_Queneau.jpg)

Quel auteur prolifique que Raymond Queneau, puisqu’il est l’auteur de cent mille milliards de poèmes ! Un tel record, n’a, à ma connaissance, jamais été battu.

Comment est-ce possible ?

Le recueil se compose de dix pages sectionnées horizontalement en quatorze bandeaux, chacun correspondant à un vers.En combinant chacune des possibilités, on obtient alors non pas dix sonnets, mais dix puissance quatorze, soit cent mille milliards.

Raymond Queneau était par ailleurs un membre fondateur de l’OuLiPo, ou « Ouvroir de Littérature Potentielle », qui a beaucoup œuvré à l’exploration des possibles de la langue et de la littérature, par le jeu de contraintes imposées…

Jacques Roubaud, poète mathématicien

Jacques Roubaud (Ji-Elle, Wikimedia Commons, libre de réutilisation)
Jacques Roubaud (Ji-Elle, Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

On ne peut pas évoquer le rapport entre poésie et mathématiques sans penser à Jacques Roubaud, à la fois poète et mathématicien.

Il est l’auteur d’un recueil intitulé (« Appartient à »), où chaque poème est « un pion du jeu de go », comme le précise Marie-Claire Bancquart dans La poésie en France du surréalisme à nos jours (Paris, Ellipses, 1996, p. 85).

Il a aussi écrit Trente-et-un au cube, recueil de « 31 poèmes de 31 vers de 31 pieds sur les thèmes : amour, mort, esprit » (Ibid.).

Son recueil Quelque chose noir, centré sur la mort de son épouse, la photographe Alix Cléo Roubaud, relève de la poésie élégiaque.

*

J’espère que cette nouvelle promenade poétique vous a plu !

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