Un poème de L’instinct de ciel, par Jean-Michel Maulpoix

J’inaugure ici une nouvelle catégorie de billets, par laquelle je présenterai à chaque fois un auteur, le plus souvent un poète contemporain, en citant un bref extrait de son œuvre. Il ne s’agira pas d’aboutir à une anthologie en ligne de la poésie contemporaine : vous trouverez déjà une abondante « anthologie permanente » sur le site Poezibao, dont j’ai déjà parlé.

Il est naturel que je commence par Jean-Michel Maulpoix, qui est le poète contemporain auquel j’ai consacré ma thèse de doctorat. Né en 1952, il a publié son premier recueil, Locturnes, en 1978. Dès lors, il n’a cessé de régulièrement publier des recueils de poésie, en même temps qu’il développait une réflexion théorique et critique sur la notion de lyrisme, qui prend corps dans une succession d’essais. C’est sans doute avec Une histoire de bleu, parue en 1992 aux éditions du Mercure de France, puis rééditée en 2005 chez Gallimard, qu’il a rencontré le succès. Après le bleu du ciel et de la mer, Jean-Michel Maulpoix s’est intéressé à la neige, en 2004, avec Pas sur la neige. Son dernier recueil, Journal d’un enfant sage, observe l’enfance à travers le regard d’un « enfant sage » de trois ans.

Pour vous faire découvrir ce poète, j’ai choisi un extrait d’un poème de L’instinct de ciel, paru en 2000 aux éditions du Mercure de France, dont le décor est celui d’une promenade au bord de mer…

« On prend le pouls du soir sur la promenade. On y regarde les visages, les allures, les silhouettes, et les flaques de lumière qui s’étendent au pied des lampadaires tandis que la nuit tombe avec de lents mouvements d’épaules. On va, par deux ou trois, le long du port, le dimanche, en poussant une charrette d’enfant, en mangeant des glaces à la fraise. On circule tout près de la mer, sur le bord de sa propre vie, revenant là toujours, sans trop savoir pourquoi, à cause du bleu sans doute, de la lumière qui change, des coques colorées des barques, du bruit léger du flot, du tintement des drisses contre les mâts, de tout ce temps perdu où l’on s’avance, ces lisières que l’on suit, ces invisibles fils, dans l’air, les doigts du vent dans les cheveux, ses paumes sur le visage… »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, section I, poème 3, dans Une histoire de bleu, suivi de l’instinct de ciel, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 151.

On comprendra mon choix d’illustrer cet article par une vue de la promenade des Anglais (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nice_Prom_Anglais_Est_01.jpg?uselang=fr, par Cayambe, libre de réutilisation), sur laquelle les ombres allongées des passants signalent la venue du soir.

Cet extrait permet de rappeler que la majeure partie de la poésie de Jean-Michel Maulpoix s’écrit en prose. Mais quelle prose ! Il suffit de lire ce texte à haute voix pour que l’importance du rythme paraisse évidente.

J’aime ce poème qui décrit ici un moment agréable, entre douceur du quotidien et côtoiement de l’inconnu. Le poète paraît avoir voulu instaurer une tension entre l’apparente banalité de la scène, soulignée par le caractère prosaïque ou simpliste du plaisir de manger des « glaces à la fraise », et la sublimation de celle-ci par la présence de la mer, dont l’attrait a quelque chose de mystérieux. Par l’utilisation du pronom « on », le poète se mêle à la foule dont il partage le plaisir simple de la promenade, sans pouvoir, semble-t-il, y adhérer totalement, et de fait les interrogations inquiètes ne tarderont pas à surgir…

« Assis face à la mer », dit un peu plus loin Jean-Michel Maulpoix, « on sent […] dans le regard une espèce de fêlure ».

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